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L’ARCHITECTURE N'EST PAS UN CHOIX


La situation du climat et la nécessaire évolution de nos villes, appellent des réactions rapides de nos sociétés, des réponses pertinentes basées sur un socle culturel solide.


La réactivité est vitale, la permanence est fondamentale.


Comment adapter bâtiments et villes aux rythmes imposés par les emballements, avec une maitrise d'œuvre, cloisonnée, spécialisée, et une exécution détachée de la conception, de sa base culturelle ?


Comment assumer nos engagements sur les performances de nos bâtiments sans en maitriser la mise en œuvre ?


Enfin, comment garantir l'intérêt public de l’Architecture lorsque le triptyque Maitre d’Ouvrage / Concepteur / Constructeur est déstabilisé par des relations d’intérêt ou de dépendance économique ?


 

Pour quelles raisons nos missions sont aujourd’hui fragilisées ?

L’architecture nait d’une culture initiée par un enseignement spécifique de haut niveau et par le travail de professionnels engagés qui s’appuient sur une expérimentation permanente.


Les chiffres récents de la MAF indiquent qu’en marchés privés, 37% des missions confiées aux architectes, sont des missions partielles (contre 6% en marchés publics). Pour quelles raisons un si grand nombre de chantiers échappe encore à la maitrise de leurs concepteurs ?


Les arguments les plus fréquemment avancés sont :

· Une auto limitation d'architectes estimant la conception moins aventureuse que le chantier, pour une faible proportion,

· La pénétration systématique de notre profession règlementée, fragilisée par un cadre législatif et règlementaire en chantier permanent.

· Une faible obligation de moyens imposés aux Maitres d’ouvrage en recherche de rentabilité.


 

Mission impossible 1 : concevoir sans construire.

Tout acte d’architecture est une progression vers le chantier, qui reste le seul aboutissement du processus : organiser et qualifier l’Espace. Donner du sens, donc bâtir (au sens large : construire, restructurer, réhabiliter, entretenir, diagnostiquer, habiter…).


L’architecte commande étymologiquement et historiquement le constructeur : Il est le « chef des charpentiers ». En projetant, il organise techniquement et humainement la construction dans le temps et l’espace.


L’expérience acquise sur le chantier est un complément culturel indispensable à la réactivité de la profession et à la pertinence de la conception.


Si un architecte tourne le dos au chantier, c’est souvent pour des raisons structurelles. Le chantier monopolise les compétences confirmées dans les agences, et les petites structures sont moins souples dans ce domaine. Parfois aussi par crainte des responsabilités, liées à une mise en œuvre de plus en plus complexe ; le chantier étant le lieu de tous les risques.


Néanmoins, les groupements de maitrise d’œuvre sont le plus souvent des partenariats d’architectes, motivés par la recherche d’un complément de compétence, d’un appui local ou d’un renforcement structurel.


 

Mission impossible 2 : construire sans architectes.

Certains maitres d’ouvrages souvent privés, s’adressent à une maîtrise d’œuvre d’exécution spécialisée, la considérant comme « plus souple, plus efficace », mais peut être plus dépendante et souvent moins engagée.


Quel est le niveau d'engagement d'un maitre d’œuvre d’exécution sur le respect du projet architectural, si ce n'est son engagement moral, éthique ? Est-ce toujours suffisant pour garantir un bon arbitrage dans le déroulement normal d’un chantier, ou face aux imprévus?


Il faut rappeler que l’Architecture n’a pas d’existence contractuelle. Elle doit emprunter des chemins de confiance pour être livrée avec le construit.


Si certains y trouvent leur compte, l’application « a minima » de l’article 3 de la loi de 77(… obligations de recours limitées au « projet architectural faisant l’objet d’un permis de construire » le projet étant décrit par ailleurs comme la définition par « des plans et documents écrits de l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume, ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. ») ne permet par de garantir le respect de l’article 1 de la dite loi.

Car cela impliquerait que le projet soit décrit et figé au moment du dépôt du permis de construire, c'est à dire au niveau d'un avant projet, et qu’il ne subisse aucune altération jusqu’à sa livraison.

Compte tenu des aléas techniques et économiques que subit la construction aujourd’hui, il est évident que le concepteur doit accompagner le projet à son terme.


Ce n'est pas le coût de sa mission qui est visé, mais la maitrise de l'œuvre, et le pouvoir de décision qu'elle confère. (La responsabilité restant volontiers partagée avec le concepteur.)


Le coût de la construction est directement lié à la hauteur des objectifs à atteindre. Ces objectifs sont des choix de société, décrits par des lois, traduits par des normes et des règlements. Ils ne sont pas négociables.

C’est malheureusement souvent l’architecture qui sert de variable d’ajustement.


Or, on attend d’elle qu’elle rende notre monde meilleur.


La culture portée par l’architecture est un facteur majeur de stabilité de nos sociétés.

La souplesse et la capacité d’adaptation sont les facteurs de leurs survies.


Les architectes, dont la profession se complexifie rapidement et inexorablement, accompagnent tous les changements. Ils maitrisent les normes et règlementations, produisent et partagent la maquette numérique avec leurs partenaires, ils pilotent drones et imprimantes 3D, ils gâchent la paille avec les constructeurs, ils préconisent avec les industriels, trient, réhabilitent, restructurent, recyclent ce qui peut l’être, participent aux débats de société et s’exposent dans l’innovation par engagement et conviction.


Sans connaître les problématiques des chantiers dans 10 ans, 5 ans, … voire en 2023, notre profession est structurée pour y répondre dans le respect des attentes sociétales.


La pertinence, la performance et la permanence de l’Architecture, pour citer Henri Ciriani [1], sont des valeurs d’utilité publiques, portées par la présence continue du concepteur tout au long du processus.




Guilhem Roustan

Architecte

Vice président de l’association Mouvement des Architectes

[1] Ciriani,Henri. "Pertinence, performance, permanence", Architecture d'aujourd'hui 247 Octobre 1986

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